À l’occasion de la Journée internationale des gauchers, célébrée chaque 13 août, des psychologues cliniciens de Goma appellent à déconstruire les préjugés qui entourent encore les personnes qui utilisent naturellement leur main gauche.
Être gaucher n’est ni une maladie, ni une déficience, encore moins un handicap. Pourtant, dans certaines familles et communautés, l’utilisation de la main gauche est encore perçue comme une anomalie ou une mauvaise habitude qu’il faudrait corriger.
À Goma, des psychologues cliniciens invitent les parents, les enseignants et l’ensemble de la communauté à changer de regard sur la gaucherie, notamment lorsqu’elle concerne les enfants.
Pour le psychologue clinicien Eugène BASHOMBE, être gaucher doit avant tout être considéré comme une particularité naturelle de la personne. Selon lui, le fait qu’un enfant utilise spontanément sa main gauche ne constitue pas, en soi, un problème psychologique ou intellectuel nécessitant une correction.
Sur le plan scientifique, cette préférence pour une main plutôt que l’autre est appelée latéralité manuelle. Elle s’inscrit dans le développement de l’enfant et dans l’organisation fonctionnelle du cerveau.
Contrairement à certaines croyances, les données scientifiques disponibles ne permettent pas de considérer les gauchers comme moins intelligents que les droitiers. Les recherches menées sur le sujet montrent que les éventuelles différences de performances cognitives générales entre les deux groupes sont faibles et ne permettent pas d’établir une infériorité intellectuelle liée au fait d’être gaucher.
Le psychologue clinicien Vincent SEMU, qui exerce notamment à l’hôpital HEAL African à Goma, déconseille aux parents d’imposer à leurs enfants gauchers l’utilisation exclusive de la main droite.
Selon lui, l’accompagnement de l’enfant devrait tenir compte de sa préférence naturelle, plutôt que de chercher systématiquement à la modifier. Le rôle des parents et des enseignants consiste davantage à faciliter son apprentissage et à développer ses capacités qu’à lui faire croire que l’utilisation de la main gauche constitue une faute.
Lorsqu’un enfant manifeste spontanément une préférence pour la main gauche, le contraindre à utiliser la main droite peut devenir une source de frustration, particulièrement lorsque cette pratique s’accompagne de reproches, de moqueries ou de sanctions.
Selon plusieurs études scientifiques, être gaucher est loin d’être un phénomène exceptionnel. Une vaste méta-analyse internationale estime qu’environ 10,6 % de la population mondiale est gauchère. Cette proportion peut toutefois varier en fonction des méthodes utilisées pour déterminer la préférence manuelle et des contextes culturels. Cette réalité permet de relativiser les représentations qui présentent encore l’utilisation de la main gauche comme quelque chose d’anormal ou d’inhabituel.
Un enfant gaucher qui éprouve des difficultés à utiliser un matériel destiné aux droitiers n’est pas nécessairement moins habile. Il peut simplement avoir besoin d’un équipement adapté ou d’une méthode d’apprentissage tenant compte de sa latéralité, selon certains observateurs.
Pour Eugène BASHOMBE, l’enjeu principal reste donc de faire évoluer le regard de la communauté. La gaucherie ne devrait pas être interprétée comme un signe de faiblesse, d’anormalité ou d’incapacité.
Le même message ressort de l’intervention de Vincent SEMU ; les parents doivent accompagner leurs enfants avec compréhension et éviter de leur imposer un changement de main comme s’il s’agissait d’une correction indispensable.
La Journée internationale des gauchers, célébrée chaque 13 août, offre ainsi l’occasion de rappeler que la diversité des préférences manuelles fait partie de la diversité humaine et ne doit pas être confondue avec le handicap.
Ghislain BIN KAURWA
Q. Himbi, Commune de goma, Ville de Goma, Province du Nord Kivu, République Démocratique du Congo
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